A propos du livre

Bien qu’il ne manque pas d’analyses et d’excursus sérieux, voire techniques, cet ouvrage affecte davantage la forme d’un témoignage spirituel engagé que celle d’un essai théologique, ce qu’il est pourtant, à sa manière. Au fait des travaux des biblistes et exégètes, l’auteur s’inscrit néanmoins dans une ligne d’interprétation – taxée de «littéraliste» par bien des spécialistes – qui voit, dans des événements contemporains, les prodromes d’une réalisation des Écritures. Il privilégie la conception d’Irénée, pour qui tel passage de la Bible (ici Gn 2, 1) est « à la fois un récit de ce qui s’est produit dans le passé, tel qu’il s’est déroulé, et une prophétie de ce qui sera ». En fait, son exégèse s’inscrit dans le droit fil de celle des Pères de l’Église d’Asie mineure des second et troisième siècles, dont l’un des plus illustres représentants fut Irénée de Lyon (IIe s.), qui croyaient en un Royaume eschatologique millénaire du Christ sur la terre.

La thèse centrale de l’ouvrage est que Dieu a rétabli le peuple juif, et qu’il est temps pour la chrétienté de prendre au sérieux le fait que le dessein de salut de Dieu, s’il englobe l’humanité entière, concerne a fortiori son peuple, trop longtemps considéré comme n’ayant plus aucun rôle à y jouer. Conscient de la marginalité de sa perception – l’opinion reçue en chrétienté étant que les juifs ne seront pas intégrés tant qu’ils ne croiront pas au Christ –, il estime qu’il y a présomption à préjuger du dessein de Dieu, dont l’accomplissement ultime reste encore caché. Sachant que sa conception – audacieuse quoique solidement fondée sur les Écritures et la Tradition – du dessein de salut de Dieu pour les «deux [peuples] dont le Christ a fait un» (Ep 2, 14), a peu de chances d’être reçue par les théologiens, il l’expose aux chrétiens qui ne se sont pas «enorgueillis» et prévient les autres que «Dieu, qui n’a pas épargné les branches naturelles, ne les épargnera pas davantage» s’ils deviennent «incrédules» (cf. Rm 11, 20-21.32).