29 L’alibi chrétien, ou le Christ sauf-conduit

La reddition de comptes est à venir

La foi dans le salut en Jésus le Christ est une chose, la certitude d’être justifié par cette seule foi en est une autre. Le chrétien ne se rend souvent pas compte que, tant dans sa pratique que dans son expression, sa foi est plus formelle que vécue. Sans prétendre à l’exhaustivité et étant entendu qu’il s’agit d’une généralisation[1], je distingue trois catégories de chrétiens : les amoureux, les cérébraux, et les romantiques. Les amoureux se reconnaissent vite : ils sont passionnés pour la personne qu’ils aiment, ou pour la cause qu’ils ont embrassée. Les cérébraux dissertent, parfois avec zèle, mais ils expriment davantage leur conviction intellectuelle que leur attachement viscéral à ce ou celui dont ils parlent. Les romantiques enfin, sont prompts aux témoignages enflammés, mais, ce faisant, ils témoignent davantage de ce qu’ils voudraient être que de ce qu’ils sont réellement.

Aux amoureux et aux romantiques s’applique la plainte de Jésus, reprise d’Isaïe : «ce peuple m’honore des lèvres mais son cœur est loin de moi» (Mt 15, 8). Ils considèrent que leur baptême, ainsi que leur foi et leur pratique confessionnelle, sont garants de leur accession future à la vie éternelle. Pourtant, ils ne peuvent ignorer ces mises en garde sévères :

Ce n’est pas celui qui me dit : Seigneur, Seigneur, qui entrera dans le Royaume des Cieux, mais celui qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. Beaucoup me diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur, n’est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé ? En ton nom que nous avons chassé les démons ? En ton nom que nous avons fait bien des miracles ? Alors je leur dirai en face: Jamais je ne vous ai connus ; écartez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité. (Mt 7, 21-23).
Toi, tu crois qu’il y a un seul Dieu? Tu fais bien. Les démons le croient aussi, et ils tremblent. (Jc 2, 19).

Il est donc clair que ni la foi, ni l’adhésion formelle au Christ ne constituent un sauf-conduit pour la vie éternelle, et qu’elles ne dispensent pas le croyant de mettre sa conduite en conformité avec sa profession de foi. D’ailleurs, le passage cité ci-dessus est précédé de cette phrase dénuée de toute ambiguïté :

Tout arbre qui ne donne pas un bon fruit, on le coupe et on le jette au feu. Ainsi donc, c’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. (Mt 7, 19-20).


Et que le jugement du Christ, au jour de sa visite, atteigne ceux qui n’auront pas porté ces fruits, est signifié par la parabole qu’il propose :

Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint y chercher des fruits et n’en trouva pas. Il dit alors au vigneron : Voilà trois ans que je viens chercher des fruits sur ce figuier, et je n’en trouve pas. Coupe-le ; pourquoi donc use-t-il la terre pour rien ? (Lc 13, 6-7).

C’est donc que tout chrétien devra rendre compte de ses actes, et, parmi ceux-ci, de la manière dont il a traité le peuple qui est le «bien propre»[2] de Dieu : les juifs.


Le concept de reddition de comptes – nettement attesté dans l’Écriture – est aussi mal reçu par les chrétiens que celui de vengeance, examiné plus haut. L’une de ses plus anciennes attestations figure dans le Livre du Deutéronome :

Si un homme n’écoute pas mes paroles, que ce prophète aura prononcées en mon nom, alors c’est moi-même qui en demanderai compte à cet homme. (Dt 18,19).

S’agissant de l’attitude hostile des nations envers Israël, le corollaire de cette reddition de comptes est la sanction divine pour les agissements des ennemis d’Israël. En témoigne, entre autres, ce passage d’Ézéchiel :

Eh bien, ainsi parle le Seigneur L’Éternel. Je le jure dans l’ardeur de ma jalousie, je m’adresse au reste des nations, à Édom tout entier, qui, la joie au cœur et le mépris dans l’âme, se sont attribué mon pays en propriété pour piller son pâturage. À cause de cela, prophétise au sujet de la terre d’Israël. Tu diras aux montagnes et aux collines, aux ravins et aux vallées : Ainsi parle le Seigneur L’Éternel. Voici que je parle dans ma jalousie et ma fureur : puisque vous subissez l’insulte des nations, eh bien, ainsi parle le Seigneur L’Éternel: je lève la main, je le jure, les nations qui vous entourent subiront elles-mêmes leur insulte. (Ez 36, 5-7).

J’ai donné, plus haut[3], un florilège des passages vétérotestamentaires attestant du comportement – hostile et souvent meurtrier – des nations à l’égard d’Israël, et du jugement divin qui en sera la conséquence. On voudra bien s’y reporter. Je me limiterai ici à ce passage de Joël :

Car en ces jours-là, en ce temps-là, quand je rétablirai[4] Juda et Jérusalem, je rassemblerai toutes les nations, je les ferai descendre à la Vallée de Josaphat ; là j’entrerai en jugement avec elles au sujet d’Israël, mon peuple et mon héritage, car ils l’ont dispersé parmi les nations et ont divisé mon pays. (Jl 4, 1-2).

Il s’agit, à l’évidence, d’une prophétie à portée eschatologique. On y reconnaît la thématique classique du rétablissement de la royauté et des tribus, qui peuple les textes prophétiques vétérotestamentaires (p. ex. : Si 48, 10 ; Is 1, 26 ; Mi 4, 8 ; Am 9, 11 s.; etc.), mais qui, chose plus surprenante, est également présente dans le Nouveau Testament, comme je l’ai déjà fait remarquer.

C’est le cas, dans l’Évangile (Mt 19, 27-28 = Lc 22, 30), concernant la royauté messianique d’Israël, à propos de laquelle les Apôtres questionnent Jésus, en ces termes, plusieurs fois évoqués dans ces pages :

Seigneur, est-ce en ce temps-ci que tu vas restituer[5] la royauté à Israël ? (Ac 1, 6).

C’est également le cas, à propos des tribus, dans l’évangile de Matthieu, qui relate la réponse de Jésus à la question des Apôtres concernant la récompense que leur vaudra l’adhésion à la prédication du Maître :

En vérité je vous le dis, à vous qui m’avez suivi : dans la régénération, quand le Fils de l’homme siégera sur son trône de gloire, vous siégerez vous aussi sur douze trônes, pour juger les douze tribus d’Israël. (Mt 19, 28).

Ceux qui ne parviennent pas à prendre au sérieux la littéralité de ces textes, et en renvoient la réalisation aux «calendes célestes»[6], feront bien de lire attentivement ce passage de l’œuvre majeure d’Irénée de Lyon, Adversus Haereses (Contre les hérésies) :

Ces événements ne sauraient se situer dans les lieux supra-célestes – «car Dieu, vient de dire le prophète, montrera ta splendeur à toute la terre qui est sous le ciel»[7] –, mais ils se produiront aux temps du royaume, lorsque la terre aura été renouvelée par le Christ et que Jérusalem aura été rebâtie sur le modèle de la Jérusalem d’en haut […]. Et rien de tout cela ne peut s’entendre allégoriquement, mais au contraire tout est ferme, vrai, possédant une existence authentique, réalisé par Dieu pour la jouissance des hommes justes. Car, de même qu’est réellement Dieu Celui qui ressuscitera l’homme, c’est réellement aussi que l’homme ressuscitera d’entre les morts, et non allégoriquement, ainsi que nous l’avons abondamment montré. Et de même qu’il [l’homme] ressuscitera réellement, c’est réellement aussi qu’il s’exercera à l’incorruptibilité, qu’il croîtra et qu’il parviendra à la plénitude de sa vigueur aux temps du royaume, jusqu’à devenir capable de saisir la gloire du Père. Puis, quand toutes choses auront été renouvelées, c’est réellement qu’il habitera la cité de Dieu[8].

Des décennies de lecture priante et de méditation contemplative des Écritures m’ont convaincu de «l’intrication prophétique»[9] de maintes situations bibliques, avec des situations contemporaines. C’est, à mon avis, le cas, entre autres, de l’attitude des chrétiens envers les juifs, en général, et envers l’État d’Israël, en particulier.

Jusqu’ici – comme la quasi-totalité des auteurs qui ont étudié l’antijudaïsme et l’antisémitisme chrétiens, ainsi que l’histoire ancienne et récente des relations entre juifs et non-juifs –, je me suis focalisé uniquement sur le passé et le présent. Dans ce livre, c’est sur le futur que portent mes investigations et ma réflexion. Qu’il soir clair qu’il ne s’agit nullement de prospective, quoique – mes ouvrages précédents le prouvent – je n’aie jamais cessé de faire de la prospective – à portée eschatologique[10]. La différence d’approche du présent ouvrage tient à la lecture scripturaire «intriquée» que j’y fais, pour la première fois, du comportement des nations, en général, et des chrétiens, en particulier, à l’égard de la portion du peuple juif qui vit aujourd’hui sur la terre de ses ancêtres, après une immigration progressive – et encore en cours – qui dure depuis plus d’un siècle.

Je crois avoir démontré le caractère perturbant de la présence inexplicable, dans des textes messianiques, d’éléments textuels qui ne cadrent pas du tout avec le caractère auguste et saint du Messie à venir, tel qu’il est prophétisé dans les Écritures. Contrairement à certains spécialistes, je ne considère pas ces dissonances comme des aberrations textuelles, ou des phénomènes insignifiants.

Pour mémoire, j’ai cité plus haut[11] les versets 2 à 18 du Psaume 40, unanimement considéré comme messianique par la tradition chrétienne. J’ai fait remarquer que les versets 7 à 9 corroborent bien cette perception : 

Tu ne voulais ni sacrifice ni oblation, tu m’as ouvert l’oreille, tu n’exigeais ni holocauste ni victime, alors j’ai dit: Voici, je viens. Au rouleau du livre il est écrit de moi de faire tes volontés […]

Mais j’ai également souligné la dissonance étonnante que constitue le v. 13 du même Psaume, qui, lui, ne peut, à l’évidence, s’appliquer au Christ :

 mes torts retombent sur moi, je n’y peux plus voir ; ils foisonnent plus que les cheveux de ma tête […].

Les professeurs d’Ancien Testament et l’ensemble des spécialistes n’expliquent pas ce phénomène de manière satisfaisante. Les plus catégoriques considèrent qu’il s’agit d’un de ces «accidents de parcours» qui sont monnaie courante dans le processus de transmission des textes. C’est dire qu’ils seront probablement révulsés par le fait que, pour ma part, j’en tire les conclusions théologiques exposées dans le présent livre. Comme je l’ai écrit plus haut[12], à propos de l’oracle relatif au massacre des enfants de Bethléem – repris de Jérémie en Matthieu 2, 16-18 = Jr 31, 15 –, les spécialistes arguent que l’évangéliste a pris, dans le texte de la prophétie, ce qui correspondait à l’événement qu’il relatait, et a laissé le reste de côté parce que sans adéquation avec son propos. Comme dit plus haut, j’ai parlé ironiquement, à ce propos, d’une «conception placentaire» de l’Écriture. Je vais m’efforcer de démontrer, à la lumière des textes scripturaires qui seront cités ci-après, que les événements pré-eschatologiques décrits ou annoncés par des textes bibliques – et dont les prophéties font ressortir le caractère «intriqué» –, sont à prendre au sens littéral, et qu’il n’y a qu’aveuglement à en nier le sens obvie, en les interprétant de manière dite «spirituelle», voire en les allégorisant.


Sanction divine de l’hostilité des nations à l’égard d’Israël

Un autre aspect des rapports conflictuels entre les nations et Israël apparaît en de multiples passages de l’Écriture : il s’agit des souffrances infligées à ce peuple par ses ennemis. Outre le Livre des Lamentations, attribué à Jérémie, qui est entièrement consacré à ce thème, maints oracles des prophètes et de nombreux versets des Psaumes, entre autres, sont remplis des cris de désespoir et de douleur d’Israël, de ses appels au secours vers Dieu et de ses imprécations à l’encontre de ses persécuteurs, mais aussi de ses expressions d’espérance. En voici quelques exemples :

2 S 22, 44 : Tu me délivres des querelles des peuples, tu me mets à la tête des nations ; le peuple que j’ignorais m’est asservi…
Jdt 16, 17 : Malheur aux nations qui se dressent contre ma race ! Le Seigneur Tout-Puissant les châtiera au jour du jugement. Il enverra le feu et les vers dans leurs chairs et ils pleureront de douleur éternellement.
Ps 14, 4 : Ne le savent-ils pas, tous les malfaisants ? Ils mangent mon peuple comme on mange du pain. Ils n’invoquent pas L’Éternel.
Ps 59, 6 : et toi, Éternel, Dieu Sabaot, Dieu d’Israël, lève-toi pour visiter tous ces païens, sans pitié pour tous ces traîtres malfaisants !
Ps 69, 5 : Ils sont plus nombreux que les cheveux de ma tête, ceux qui me haïssent sans motif ; ils pullulent ceux qui veulent me détruire, qui me harcèlent injustement […].
Ps 83, 3-6 : Voici, tes adversaires grondent, tes ennemis lèvent la tête. Contre ton peuple ils trament un complot, ils conspirent contre tes protégés, ils disent: « Venez, retranchons-les des nations, qu’on n’ait plus souvenir du nom d’Israël ! » Ils conspirent tous d’un seul cœur, contre toi ils scellent une alliance […].
Ps 102, 14-16 : Toi, tu te lèveras, attendri pour Sion, car c’est le temps de la prendre en pitié, car l’heure est venue ; car tes serviteurs en chérissent les pierres, pris de pitié pour sa poussière. Et les païens craindront le nom de L’Éternel, et tous les rois de la terre, ta gloire […]
Is 63, 15-19 : Regarde du ciel et vois, depuis ta demeure sainte et glorieuse. Où sont ta jalousie et ta puissance ? Le frémissement de tes entrailles et ta pitié pour moi se sont-ils contenus ? Pourtant tu es notre père. Si Abraham ne nous a pas reconnus, si Israël ne se souvient plus de nous, toi, L’Éternel, tu es notre père, notre rédempteur, tel est ton nom depuis toujours. Pourquoi, Éternel, nous laisser errer loin de tes voies et endurcir nos cœurs en refusant ta crainte ? Reviens, à cause de tes serviteurs et des tribus de ton héritage. Pour bien peu de temps ton peuple saint a joui de son héritage; nos ennemis ont piétiné ton sanctuaire. Nous sommes, depuis longtemps, des gens sur qui tu ne règnes plus et qui ne portent plus ton nom.
Jr 4, 31 : Oui, j’entends les cris comme d’une femme en travail, c’est comme l’angoisse de celle qui accouche; ce sont les cris de la fille de Sion qui s’essouffle et qui tend les mains: « Malheur à moi, je succombe sous les coups des meurtriers ! »

Mais la connotation récurrente la plus impressionnante de ces textes est celle de la colère de Dieu et de ses sanctions à l’encontre des nations qui oppriment son peuple. J’en donne ci-dessous un florilège – copieux quoique non exhaustif –, sans assortir les citations d’un commentaire, tant leur contenu est explicite et sans ambiguïté. Dans l’intérêt même de la compréhension de cette problématique, je recommande au lecteur de ne pas les lire distraitement, ou pire, de les négliger pour passer à la suite :

Is 13, 4 : Bruit de foule sur les montagnes, comme un peuple immense, bruit d’un vacarme de royaumes, de nations rassemblées: c’est L’Éternel Sabaot qui passe en revue l’armée pour le combat.
Is 14, 25-26 : Je briserai Assur dans mon pays, je le piétinerai sur mes montagnes. Et son joug glissera de sur eux, son fardeau glissera de son épaule. Telle est la décision prise contre toute la terre, telle est la main étendue sur toutes les nations.
Is 29, 5-8 : La horde de tes ennemis sera comme des grains de poussière, la horde des guerriers, comme la bale qui s’envole. Et soudain, en un instant, tu seras visitée de L’Éternel Sabaot dans le fracas, le tremblement, le vacarme, ouragan et tempête, flamme de feu dévorant. Ce sera comme un rêve, une vision nocturne : la horde de toutes les nations en guerre contre Ariel, tous ceux qui le combattent, l’assiègent et l’oppriment. Et ce sera comme le rêve de l’affamé : le voici qui mange, puis il s’éveille, l’estomac creux; ou comme le rêve de l’assoiffé : le voici qui boit, puis il s’éveille épuisé, la gorge sèche. Ainsi en sera-t-il de la horde de toutes les nations en guerre contre la montagne de Sion.
Is 30, 28 : Son souffle est comme un torrent débordant qui monte jusqu’au cou, pour secouer les nations d’une secousse fatale, mettre un mors d’égarement aux mâchoires des peuples.
Is 31, 4-5 : Car ainsi m’a parlé L’Éternel: Comme gronde le lion, le lionceau après sa proie, quand on fait appel contre lui à l’ensemble des bergers, sans qu’il se laisse terroriser par leurs cris ni troubler par leur fracas, ainsi descendra L’Éternel Sabaot pour guerroyer sur le mont Sion, sur sa colline. Comme des oiseaux qui volent, ainsi L’Éternel Sabaot protégera Jérusalem; par sa protection il la sauvera, par son soutien il la délivrera.
Jr 2, 3 : Israël était une part sainte pour L’Éternel, les prémices de sa récolte ; tous ceux qui en mangeaient se chargeaient d’une faute, le malheur fondait sur eux, oracle de L’Éternel.
Jr 10, 25 : Déverse ta fureur sur les nations qui ne te connaissent pas, et sur les familles qui n’invoquent pas ton nom. Car elles ont dévoré Jacob, elles l’ont dévoré et achevé, elles ont dévasté son domaine.
Jr 25, 31 : L’Éternel est en procès avec les nations, il institue le jugement de toute chair ; les impies, il les livre à l’épée, oracle de L’Éternel.
Jr 33, 9 : Jérusalem deviendra pour moi un nom plein d’allégresse, un honneur, une splendeur devant toutes les nations du monde : quand elles apprendront tout le bien que je vais faire, elles seront prises de crainte et de tremblement, à cause de tout le bonheur et de toute la paix que je vais lui accorder.
Ez 39, 2 : Je te ferai faire demi-tour, je te conduirai, je te ferai monter de l’extrême nord et je t’amènerai contre les montagnes d’Israël.
Ez 35, 2-15 : Fils d’homme, tourne-toi vers la montagne de Séïr et prophétise contre elle. Tu lui diras : Ainsi parle le Seigneur L’Éternel. Voici que je me déclare contre toi, montagne de Séïr, et j’étends la main contre toi ; je te transformerai en solitude désolée; je réduirai tes villes en ruines. Tu deviendras une solitude et tu sauras que je suis L’Éternel. Parce que tu nourrissais une haine éternelle et que tu as livré à l’épée les Israélites, au jour de leur détresse, au jour du crime final, eh bien, par ma vie, oracle du Seigneur L’Éternel, je vais t’ensanglanter et le sang te poursuivra. Je le jure, tu t’es rendue coupable en versant le sang, le sang te poursuivra. Je ferai de la montagne de Séïr une solitude désolée, et j’en retrancherai quiconque parcourt le pays. J’emplirai ses montagnes de victimes ; sur tes collines, dans tes vallées et dans tous tes ravins, ils tomberont victimes de l’épée. Je ferai de toi des solitudes éternelles, tes villes ne seront plus habitées, et vous saurez que je suis L’Éternel. Parce que tu as dit : « Les deux nations et les deux pays [Juda et Israël] seront à moi, nous allons en prendre possession », alors que L’Éternel y était, eh bien, par ma vie, oracle du Seigneur L’Éternel, j’agirai selon la colère et la jalousie avec lesquelles tu as agi dans ta haine contre eux. Je me ferai connaître, à cause d’eux, lorsque je te châtierai, et tu sauras que moi, L’Éternel, j’ai entendu toutes les insolences que tu as prononcées contre les montagnes d’Israël en disant : « Elles sont dévastées, elles nous ont été données pour les dévorer. » Grande fut votre insolence à mon égard, nombreux vos discours contre moi, et j’ai tout entendu. Ainsi parle le Seigneur L’Éternel : À la joie de tout le pays je ferai de toi une désolation. Comme tu as éprouvé de la joie parce que l’héritage de la maison d’Israël avait été dévasté, je te traiterai de la même manière. Tu seras changée en désolation, montagne de Séïr, ainsi qu’Édom tout entier, et on saura que je suis L’Éternel.
Ez 36, 1-7 : Et toi, fils d’homme, prophétise aux montagnes d’Israël. Tu diras : Montagnes d’Israël, écoutez la parole de L’Éternel. Ainsi parle le Seigneur L’Éternel. Parce que l’ennemi a prononcé contre vous ces paroles : « Ha ! Ha ! Ces hauteurs éternelles sont devenues notre patrimoine », eh bien, prophétise. Tu diras : Ainsi parle le Seigneur L’Éternel. Parce qu’on vous a dévastées et prises de toute part, si bien que vous êtes devenues la propriété du reste des nations, prétexte au bavardage et au commérage des gens, eh bien, montagnes d’Israël, écoutez la parole du Seigneur L’Éternel. Ainsi parle le Seigneur L’Éternel aux montagnes, aux collines, aux ravins et aux vallées, aux ruines dévastées et aux villes abandonnées qui sont mises au pillage et deviennent la risée du reste des nations d’alentour. Eh bien, ainsi parle le Seigneur L’Éternel. Je le jure dans l’ardeur de ma jalousie, je m’adresse au reste des nations, à Édom tout entier, qui, la joie au cœur et le mépris dans l’âme, se sont attribué mon pays en propriété pour piller son pâturage. À cause de cela, prophétise au sujet de la terre d’Israël. Tu diras aux montagnes et aux collines, aux ravins et aux vallées : Ainsi parle le Seigneur L’Éternel. Voici que je parle dans ma jalousie et ma fureur : puisque vous subissez l’insulte des nations, eh bien, ainsi parle le Seigneur L’Éternel : je lève la main, je le jure, les nations qui vous entourent subiront elles-mêmes leur insulte.
Jl 4, 11-17 : Hâtez-vous et venez, toutes les nations d’alentour, et rassemblez-vous là ! Éternel, fais descendre tes braves. Que les nations s’ébranlent et qu’elles montent à la Vallée de Josaphat ! Car là je siégerai pour juger toutes les nations à la ronde. Lancez la faucille : la moisson est mûre; venez, foulez : le pressoir est comble; les cuves débordent, tant leur méchanceté est grande ! Foules sur foules dans la Vallée de la Décision ! Car il est proche le jour de L’Éternel dans la Vallée de la Décision ! Le soleil et la lune s’assombrissent, les étoiles perdent leur éclat. L’Éternel rugit de Sion, de Jérusalem il fait entendre sa voix ; les cieux et la terre tremblent ! Mais L’Éternel sera pour son peuple un refuge, une forteresse pour les enfants d’Israël ! Vous saurez alors que je suis L’Éternel, votre Dieu, qui habite à Sion, ma montagne sainte ! Jérusalem sera un lieu saint, les étrangers n’y passeront plus !
Mi 4, 11-13 : Maintenant, des nations nombreuses se sont assemblées contre toi. Elles disent : «Qu’on la profane et que nos yeux se repaissent de Sion !» C’est qu’elles ne connaissent pas les pensées de L’Éternel et qu’elles n’ont pas compris son dessein: il les a rassemblées comme les gerbes sur l’aire. Debout ! broie-les [comme le grain], fille de Sion! car je rendrai tes cornes de fer, de bronze tes sabots, et tu broieras des peuples nombreux. Tu voueras à L’Éternel leurs rapines, et leurs richesses au Seigneur de toute la terre.
Ha 3, 14.16 : Tu as percé de tes épieux la tête de ses chefs qui se ruaient pour nous disperser, avec des cris de joie comme s’ils allaient, en cachette, dévorer un malheureux. […] J’ai entendu ! Mon sein frémit. À ce bruit mes lèvres tremblent, la carie pénètre mes os, sous moi chancellent mes pas. J’attends en paix ce jour d’angoisse qui se lève contre le peuple qui nous assaille !
Za 2, 12 : Car ainsi parle L’Éternel Sabaot, après que la Gloire m’eut envoyé, à propos des nations qui vous spolient: «Qui vous touche, m’atteint à la prunelle de l’œil».
Za 12, 2-3 : Voici que je fais de Jérusalem une coupe de poison pour tous les peuples alentour. Ce sera lors du siège contre Jérusalem. Il arrivera en ce jour-là que je ferai de Jérusalem une pierre à soulever pour tous les peuples, et tous ceux qui la soulèveront se blesseront grièvement. Et contre elle se rassembleront toutes les nations de la terre.
Za 12 , 9 : Il arrivera en ce jour-là que j’entreprendrai de détruire toutes les nations qui viendront contre Jérusalem.
Za 14, 3 : Alors L’Éternel sortira pour combattre les nations, comme lorsqu’il combat au jour de la guerre.

  1. À ceux qui me le reprochent, j’ai coutume de répondre que le Christ était bien plus rude, qui qualifiait sa génération de «mauvaise et adultère» (Mt 12, 39), alors qu’elle était celle de Marie, sa mère, des apôtres qu’il avait choisis, et de maints saints personnages contemporains. On ne peut parler qu’en termes généraux, ce n’est pas pour autant qu’on met, comme on dit, tout le monde dans le même sac.
  2. En hébreu, segullah, cf. Ex 19, 5. Voir la page intitulée ‘am segulah, sur rivtsion.org.
  3. Deuxième Partie : «L’hostilité des nations à l’égard d’Israël au miroir de la Bible».
  4. L’expression hébraïque – difficile à traduire et souvent mal rendue, y compris par la vénérable Septante, qui la rend presque toujours, de manière erronée par "ramener la captivité" – est shuv shvut (prononcer shouv shvout), qui désigne un rétablissement de situation, une réintégration, avec, parfois, une connotation de rétribution bénéfique, en compensation d’une longue injustice subie.
  5. On peut aussi comprendre : «donner à Israël la royauté qui lui revient», ou «qui lui a été destinée».
  6. J’ai forgé cette expression malicieuse en raison de la propension chrétienne à transposer «au ciel» diverses situations eschatologiques, tels surtout le jugement des nations et le règne du Christ, à la littéralité desquels ont cru des Pères de l’Église aussi prestigieux qu’Irénée de Lyon, entre autres.
  7. Ba 5, 3.
  8. Adv. Haereses V, 35, 2, cité d’après Irénée de Lyon, Contre les Hérésies, Op. cit., p. 443, 445, 451.
  9. Souvent évoquée dans ce livre, par analogie avec l’expression «intrication quantique», dont j’ai donné la définition dans mon Avant-propos, intitulé précisément «L’intrication prophétique».
  10. En témoigne le sous-titre de mon premier ouvrage sur le sujet (Chrétiens et juifs depuis Vatican II, op. cit.) : État des lieux historique et théologique. Prospective eschatologique.
  11. 1ère Partie. Une longue ignorance théologique. La substitution selon le christianisme. La substitution attestée par l’Écriture ?
  12. 2ème Partie. Comprendre les Écritures. Israël et les nations dans les Écritures. Nouveau Testament.

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