27 Un cas aigu d’hostilité chrétienne envers Israël : l’Église presbystérienne

En juillet 2004, les dirigeants de la plus grande dénomination presbytérienne (dont j’ai déjà largement parlé ci-dessus) ont officiellement assimilé l’État juif à l’État ségrégationniste d’Afrique du Sud, et voté pour la cessation des investissements en Israël [1]. Avec cette décision, approuvée par un vote de 431 voix contre 62, lors de la 216e assemblée générale annuelle de l’Église presbytérienne des États-Unis, cette Église, qui revendique près de 3 millions de membres, a été la plus grande organisation ou institution à se joindre à la campagne, alors naissante, de boycott des investissements en Israël.

Les dirigeants de l’ADL (Anti Defamation League) ont fustigé ces résolutions dans une lettre adressée au dirigeant presbytérien, le Révérend Dr Clifton Kirkpatrick. Pour sa part Gary M. Bretton-Granatoor, un rabbin juif très impliqué dans les relations avec les chrétiens, a écrit :

Affirmer qu’il y a une équivalence morale entre la politique raciste d’apartheid et les efforts pour protéger l’ensemble des citoyens d’Israël est inconcevable. Les actes récents […] remettent en cause les efforts du dialogue interconfessionnel entre les Presbytériens et les Juifs.

L’assemblée a pris des dispositions pour que l’Église presbytérienne cesse d’investir dans des compagnies dont les bénéfices annuels provenant d’investissements en Israël sont d’un million de dollars ou plus, ou qui ont investi un million de dollars ou plus en Israël. Dans un communiqué de presse, ont été rapportés des propos attribués à l’intermédiaire de l’Église presbytérienne des États-Unis pour le Moyen-Orient, le Révérend Victor Makari, selon lesquels :

Puisque rien d’autre ne semble avoir changé la politique d’Israël envers les Palestiniens, nous devons envoyer un message clair et fort.

Le communiqué de l’Église a fait remarquer que

la cessation d’investissements est une des stratégies que les Églises des États-Unis ont utilisées, dans les années 70 et 80, au cours d’une campagne couronnée de succès, pour mettre fin à la ségrégation en Afrique du Sud.

Cette comparaison odieuse illustre l’aveuglement partisan des dirigeants de cette Église protestante, qui ont fait leur ce «narratif» calomnieux que ressasse depuis des décennies la propagande pro-palestinienne. En son temps, un chrétien ami d’Israël s’en scandalisait en ces termes :

État ségrégationniste ? Cet énorme mensonge à la Goebbels, concocté par la Gauche anti-israélienne et anti-américaine mondiale et par ceux qui veulent la destruction d’Israël, est dorénavant une doctrine officielle de l’Église Presbytérienne.

Israël est une nation dont un quart des habitants sont arabes non juifs, et ont les mêmes droits, y compris celui de vote, et leurs propres partis, au même titre que des citoyens juifs ;

une nation dont la deuxième langue officielle est l’arabe, la langue de ceux qui souhaitent annihiler le pays des Juifs; une nation qui occupe un minuscule lopin de terre connu sous le nom de Rive occidentale, uniquement parce que la Jordanie, majoritairement peuplée de Palestiniens, a envahi Israël en 1967, dans le but de le détruire, et a perdu, de ce fait, sa souveraineté sur la Rive occidentale[2].

 Le cas particulier des Églises évangéliques

– Un exemple parmi d’autres :

D’entrée de jeu, il me faut faire justice d’un mythe tenace selon lequel les évangéliques sont massivement partisans d’un soutien inconditionnel de l’État d’Israël. Cette perception est le résultat d’un effet de halo dû à la ferveur pro-israélienne d’une grande partie des évangéliques américains, mais pas de tous. La situation est totalement différente en Europe de nos jours. Tel n’était pas le cas, pourtant, dans les années 1960, comme le rappelle un pasteur évangélique qui, de son propre aveu, brûle aujourd’hui ce qu’il adorait hier :

Pour beaucoup de publications évangéliques des années 60 et 70, le retour d’Israël en Palestine était un signe évident que Jésus allait revenir bientôt et qu’Israël jouerait un rôle de premier plan au sein des nations. Avec 60 ans de recul, on peut prendre un peu de distance et questionner [lire : remettre en question] certaines affirmations[3].

On comprend vite que ce pasteur s’est converti à la Théologie de la Libération, version palestinienne, activement diffusée par le prêtre anglican Naïm Ateek, évoqué plus haut, dont les fleurs d’une rhétorique anti-israélienne venimeuse ne se comptent plus, telle celle-ci, déjà citée :

Jésus est encore sur la croix avec des milliers de Palestiniens crucifiés autour de lui. Il faut seulement des gens dotés de discernement pour voir les centaines de milliers de croix dans tout le pays, les Palestiniens, hommes, femmes et enfants crucifiés. La Palestine est devenue un énorme Golgotha. Le programme crucificatoire [sic] du gouvernement israélien fonctionne quotidiennement. La Palestine est devenue le lieu du crâne[4].

Pour se convaincre de cette inversion radicale des convictions de certains évangéliques, il suffit de parcourir l’interview des pasteurs Guy Gentizon et Jean-Jacques Meylan, auteurs du livre Israël-Palestine : quelle coexistence ? Un point de vue évangélique inédit[5].

Selon Guy Gentizon,

Ce livre a été écrit suite à la commémoration des 60 ans de l’État d’Israël. Un peu de recul par rapport à la fondation de cet État permet de discerner une évolution sur le terrain et de se poser des questions. Notamment par rapport aux chrétiens évangéliques palestiniens, dont on a mieux saisi l’importance ces dernières années.

La motivation de Jean-Jacques Meylan est un peu différente :

J’ai organisé des voyages au Proche-Orient et je souhaitais offrir aux participants un éclairage sur la situation en Israël, qui prenne mieux en compte la réalité. Je me suis documenté sur l’histoire de ce pays, sur sa situation actuelle, sur tous les courants de pensée qui l’ont marqué […] et ce travail de lecture et d’information m’a vraiment bouleversé.

On notera le terme «bouleversé», qui dit assez qu’on n’est pas ici dans le registre analytique et encore moins théologique, mais dans celui de l’émotionnel et du compassionnel.

L’intervieweur demande à Guy Gentizon pourquoi il a rédigé le chapitre consacré à l’eschatologie. Réponse de l’intéressé :

Les évangéliques palestiniens ont […] pris conscience que les positions que l’on appelle «pré-millénaristes» ou «dispensationalistes» ont influencé et influencent encore énormément la manière de penser des évangéliques occidentaux. Les chrétiens palestiniens ont beaucoup travaillé les textes bibliques. Aujourd’hui ils ont des docteurs en théologie qui nous poussent à réexaminer certaines de nos positions.

Une question concernant la « distance prise » par les auteurs « par rapport à la vision pré-millénariste ou « dispensationaliste » que certains évangéliques ont longtemps affichée en Suisse romande », amène Gentizon à répondre :

Au lieu d’une lecture essentiellement littérale de la Bible, propre à ces interprétations, d’autres chrétiens ont une lecture plus allégorique ou symbolique des textes. À propos des prophéties notamment. Ils ne mettent nullement en doute les convictions évangéliques fondamentales à propos du retour du Christ et de l’établissement d’un Royaume de paix et de justice. Mais ils n’ont pas forcément la même perception du rôle d’Israël que les lectures habituelles d’un certain nombre d’évangéliques.

L’intervieweur se fait plus incisif :

Pour vous, le retour d’Israël en Palestine en 1948 n’est plus un signe de la proximité du retour du Christ ?

Embarrassé, Gentizon se justifie :

Cela fait certainement partie d’un signe prophétique que Dieu nous donne […] Mais il s’agit ensuite de s’interroger sur ce qu’il signifie exactement et sur la manière dont il s’incarne dans des réalités concrètes comme la question des territoires. On arrive vite sur le terrain politique[…] et sur le mépris de la justice, souvent ! C’est donc cette dimension-là qui m’a interpellé profondément !

Meylan se disait «bouleversé», Gentizon s’avoue «profondément interpellé». Pour qui connaît ce type de vocabulaire qu’affectionnent tout particulièrement les militants des droits de l’homme, dans un cas comme dans l’autre, c’est le même registre de la compassion sociale. En fait, nos pasteurs sont atteints du haut-mal mystico-politique de la «victimolâtrie». Les victimes existent : ils les ont rencontrées. Ce sont les Palestiniens.

Comment faire alors pour renier, sans en avoir l’air, leur prédication israélo-centrée de jadis ? – Tout simplement en en justifiant l’abandon par le «chemin de Damas» qu’a constitué pour eux la découverte du «crucifié palestinien».

Mais l’intervieweur est impitoyable :

Êtes-vous devenu a-millénariste ?

Question redoutable pour un ancien pré-millénariste. Mais Gentizon n’a aucune échappatoire. Il avoue donc :

Oui. J’aurais aujourd’hui de la peine à lire la Bible uniquement de manière littérale. Je pense que certains textes sont à considérer de manière allégorique. La difficulté est de faire la part des choses. Je donne plusieurs exemples dans notre livre.

L’intervieweur se tourne alors vers le co-auteur : le pasteur Jean-Jacques Meylan :

Guy Gentizon vient de lâcher le mot «justice», un mot que l’on retrouve dans plusieurs des chapitres que vous avez écrits. En vous lisant, on a l’impression que vous êtes passé d’une position évangélique des années 60 ou 70, où on spécule par rapport à Israël, à un recentrage sur la personne du Christ. Est-ce exact ?

Réponse de Meylan :

C’est heureux si c’est ce que nos lecteurs repèrent. Tout ce qui est centré sur le Christ ne peut être que fertile et porteur d’espoir et de lumière. Tout d’abord pour lever toute ambiguïté, je ne suis contre personne : ni anti-Israélien, ni anti-Palestinien, ni pro-qui que ce soit ! Ce vocabulaire-là, je le récuse ! Au travers de la rédaction de ce livre et au cours de mes voyages sur place, mon amour à l’égard de la population juive d’Israël a augmenté. Il y a là un paradoxe, à mon sens inspiré par Dieu et par l’Esprit, parce que nous sommes appelés à être des artisans de paix qui construisent une fraternité entre les peuples, et non pas des diviseurs !

Ayant jeté par-dessus bord la foi en une réalisation littérale des prophéties concernant Israël, qui constitue l’un des fondamentaux de l’eschatologie des évangéliques, le pasteur Meylan peut enfin lâcher ce peuple. Aussi, à la question : «Au-delà de ce recentrement sur le Christ et sur un engagement éthique, que proposez-vous d’autre ?», il répond sans ambages :

En fait, j’ai découvert que lorsque nous parlons d’Israël, c’est quasiment aussi abusif que de réduire la réalité de la Suisse à une évidence simple. Lorsque l’on parle des Suisses, tout le monde est d’accord pour dire qu’il y a quatre langues nationales, deux, voire trois religions fondamentales et bien distinctes, ainsi que des particularismes cantonaux extrêmement variés !

Mais, objecte l’intervieweur :

en même temps lorsque l’on parle de la Suisse, il y a une unité…

Et Meylan de rétorquer :

Oui, il y a une unité de choix de partager le même destin et de joindre sa personne à un projet commun, mais ce n’est pas une unité de race, d’ethnie ou d’origine.

Enfin, c’est dit. Voilà ce que ces amis d’Israël d’hier lui reprochent aujourd’hui : se revendiquer comme une race et une nation.

Donc, insiste l’intervieweur :

À votre sens, la manière dont certains évangéliques ont envisagé Israël était trop simpliste ?

Réponse de Meylan, qui ne se démonte pas pour autant :

Simpliste, parce que ne prenant pas en compte la réalité. Aujourd’hui lorsque quelqu’un prononce le mot «Israël», je demande : «De qui parlez-vous ? Parlez-vous des laïcs [lire : « laïques »] ? Parlez-vous des athées ? Parlez-vous des religieux ? Et, au sein des religieux, parlez-vous des religieux nationalistes ou parlez-vous des haredim antisionistes ?» Il y a une complexité énorme au sein du peuple juif ! Nous sommes obligés de faire ces différences si nous voulons aborder avec sérieux cette réalité-là. Faire ces différences conduit à plus de sympathie vis-à-vis d’Israël et à une meilleure compréhension de la complexité de ce pays. C’est la raison pour laquelle, à mon avis, Israël n’est pas porteur d’un message en tant que tel ! Il n’y a que le Christ qui soit porteur d’un message en tant que tel !

La question suivante de l’intervieweur traduit-elle sa résistance intérieure, ou participe-t-elle de la démarche qui consiste à se faire, comme on dit, «l’avocat du diable» ? Impossible de le savoir. Pour moi, il s’agit d’une pierre que je lancerais volontiers dans le jardin sociopolitique bien-pensant de ces pasteurs «philopalestiniens» :

Ne faites-vous pas une lecture purement sociologique de la réalité de ce pays, alors qu’une lecture spirituelle vous permettrait de discerner un signe que Dieu a posé dans notre histoire ?

Dans sa réponse, le pasteur Gentizon se défend de faire une telle lecture :

En fait ce sont des religieux, des gens attachés à leur Dieu, qui disent que l’existence de l’État d’Israël ne reflète pas le plan du Seigneur. «Notre Dieu, disent ces juifs, a un plan de salut pour nous qui ne s’est pas réalisé dans les décisions politiques influencées par le sionisme.» Ces hommes et ces femmes, qui lisent l’Écriture et qui ont une aspiration forte à une communion avec Dieu, ne se reconnaissent pas dans la réalité de l’Israël actuel. Ma lecture n’est pas seulement sociologique […] Elle l’est en partie, parce que je tiens compte des différentes réalités sociales, mais je fais écho à la question de beaucoup de ces religieux : l’entreprise sioniste n’a-t-elle pas provoqué une rupture au sein de la spiritualité du judaïsme ?

Se peut-il que ce pasteur soit à ce point mal informé qu’il considère comme des «religieux» et «des gens attachés à leur Dieu», des juifs intégristes et intolérants, dont une minorité extrémiste – membres de la secte religieuse fanatique des Neturei Karta – haïssent et maudissent sans cesse l’État d’Israël, le qualifiant même d’impie, en raison de leur conviction que seul le Messie peut rendre sa terre au peuple juif ?

Ces pasteurs ignorent-ils que certains des dirigeants de cette secte ont adressé des vœux chaleureux au mouvement terroriste Hamas[6]? Savent-ils seulement qu’ils se sont rendus en Iran[7], et qu’ils ont même béni le tyran Mahmoud Ahmadinejad[8] ?

De deux choses l’une : ou bien ces pasteurs désinforment honteusement, ou ils sont d’une ignorance inadmissible à l’ère d’Internet, où l’on peut facilement se documenter et suivre les événements dûment repris et commentés par la presse.

La dernière question posée au pasteur Gentizon est la suivante :

Concrètement, comment envisagez-vous un repositionnement des évangéliques par rapport à Israël ?

Réponse de l’intéressé :

Dans cette direction christocentrique dont vient de parler Jean-Jacques Meylan ! Notamment en valorisant le Sermon sur la montagne dans la manière de vivre des populations locales qui se prétendent chrétiennes. Sur le terrain, il y a déjà des choses magnifiques qui se passent !

Pour comprendre ce qu’entend Gentizon par l’expression «direction christocentrique», il faut se reporter à l’échange précédent entre l’intervieweur et le pasteur Meylan, que je rappelle ici :

Intervieweur : «En vous lisant, on a l’impression que vous êtes passé d’une position évangélique des années 60 ou 70, où on spécule par rapport à Israël, à un recentrage sur la personne du Christ.»
Pasteur Meylan : «[…] Tout ce qui est centré sur le Christ ne peut être que fertile et porteur d’espoir et de lumière.»

Je ne crois pas être injuste en estimant que c’est un peu mince et abstrait pour justifier le retournement à 180 degrés de ce pasteur évangélique, jadis fervent de la prédication évangélique des années 1960-1970, très favorable à un Israël à la fois martyr de la Shoah et vainqueur inattendu des armées arabes coalisées. Nul doute que cette perception ne soit plus dans l’air du temps, à une époque où les Palestiniens sont les «martyrs» de la Nakba, et les vainqueurs inespérés de la bataille pour l’opinion publique mondiale. Tout le monde peut se tromper, mais ce qui ne trompe pas dans cette affaire, c’est que la dé-légitimation de la cause d’Israël se fait sur la base d’une reddition chrétienne sans condition à des thèses haineuses, dont ses pasteurs ne peuvent ignorer le caractère calomnieux. Plaise à Dieu qu’ils ne tombent pas sous le coup de la prophétie de l’apôtre Paul :

L’Esprit dit expressément que, dans les derniers temps, certains renieront la foi pour s’attacher à des esprits trompeurs et à des doctrines diaboliques, séduits par des menteurs hypocrites marqués au fer rouge dans leur conscience […]. (1 Tm 4, 1-2).

Dans une autre interview[9], le pasteur Meylan révèle les sources auxquelles il s’alimente pour conforter sa vision du conflit israélo-palestinien, nettement défavorable à Israël. Il confesse, en effet :

Je me suis inspiré de ceux que nous appelons les «nouveaux historiens israéliens».

Il en mentionne certains nommément :

Benny Morris, Ilan Pappé, Eugen L. Rogan et Avi M. Shlaï, Tom Segev, Sylvain Cypel, etc.[10].

Cette liste donne une idée de son ignorance du sujet : en effet, il considère Sylvain Cypel comme un «nouvel historien» (juif, israélien?), alors qu’il est… journaliste au Monde. Méprise qui s’explique fort bien par la mention que fait Meylan d’un ouvrage de Cypel[11], qui constitue sans doute sa source majeure.

C’est incontestablement cet arrière-plan «culturel» qui a inspiré au pasteur ce morceau de bravoure aux accents qui se veulent prophétiques :

Je m’élève contre l’amalgame ou la confusion entre le politique et le spirituel. Que signifie la notion d’élection ? Elle me dit que je ne peux pas par moi-même construire le Royaume de Dieu sur la terre ou dans le ciel. C’est un appel et un don. Il y a une élection qui repose sur Israël, c’est indéniable. Mais cette élection ne l’autorise absolument pas à des prétentions politiques et territoriales. Cette élection s’inscrit dans une dynamique de grâce, de paix et d’amour. Moi, je crois qu’Israël a été élu pour témoigner, pour être un signe de ce que Dieu est réellement.

Et voici à nouveau la référence aux religieux juifs fondamentalistes :

On oublie souvent qu’un important[12] courant du judaïsme, les haredim, se sont opposés et s’opposent toujours à l’État d’Israël car ils attendent le don de cette terre des mains mêmes du Messie et non pas d’actions militaires.

Objection de l’intervieweur :

Il n’empêche que vous ne pouvez effacer ces passages prophétiques qui parlent du retour d’Israël sur sa terre.

Mais Meylan n’est pas en reste :

Tout ce qui concerne l’avenir renvoie ou aboutit à Christ, au Messie. J’aime dire que l’avenir c’est Dieu lui-même. Ce serait une erreur, selon moi, de définir une espèce de plan avec sa logique interne, son autonomie. C’est Dieu lui-même qui en fonction de sa souveraineté décidera chaque chose en son temps. Il n’y a pas de stratégies militaires territoriales à envisager. Il est certain qu’Israël a une place dans le projet de Dieu. Mais celle-ci reste à mes yeux un mystère. Nous avons raison de prêter attention à ce drame. Non pas pour prendre parti mais pour promouvoir la paix et venir en aide aux victimes. À ce sujet, je suis impressionné par la mobilisation des nombreuses organisations juives israéliennes qui dénoncent la politique injuste de leur gouvernement et militent en faveur de la paix et de la justice.

Et le pasteur, fidèle à sa précieuse source (Cypel) de citer :

Peace Now, Ta’ayush coexistence, Bat Shalom, Machsom/Watch, Gush Shalom, Neve Shalom/Wahat al-Salam, Stop the Wall, etc.[13].

Quiconque est au fait du conflit palestino-israélien, sait qu’il s’agit là d’organisations israéliennes inconditionnellement pro-palestiniennes, bien connues pour leurs actions subversives violentes et leurs déclarations empreintes d’une haine viscérale envers la politique d’autodéfense de l’État d’Israël. Il est clair que, pour Meylan comme pour beaucoup de ces nouveaux «apôtres  chrétiens de la cause palestinienne», le fait que des Israéliens eux-mêmes militent contre leur propre État apparaît comme la «preuve par neuf» de l’exactitude de leurs calculs défavorables à Israël. C’est sur des points comme celui-là que l’on peut juger de la faiblesse dérisoire de la culture historique et philosophique des modernes «piètres consolateurs»[14] que sont le pasteur Meylan et ses semblables qui, à l’instar des amis du Job biblique, imputent au Job israélien la responsabilité des malheurs qui le frappent[15]. De telles gens montrent la profondeur abyssale de leur ignorance de la puissance dévastatrice de l’idéologie, de l’esprit de parti et de la haine. Je ne crois pas faire un parallèle inconvenant en rappelant que c’est sur la base de considérations analogues, qu’en d’autres temps, des Français bien-pensants, se sont laissés convaincre que la déportation des juifs était une mesure de salut public.

– Autres échantillons attestant le délitement de l’empathie pro-juive de certains évangéliques.

Voici ce qu’écrit le pasteur et théologien évangélique Claude Baecher[16] :

L’Écriture chrétienne ne dit à notre sens rien d’explicite au sujet d’une entité à limitation territoriale moderne qui s’appellerait Israël, par contre elle parle d’un Règne du Messie à portée universelle qui n’aura pas de fin ! Il s’agit de ne pas nous tromper de Jérusalem […] La plupart des chrétiens, évangéliques ou autres, qui sont attachés au sionisme chrétien ne sont pas conscients des présupposés de leurs lectures de la Bible, ni même des répercussions, ou des cauchemars que leurs idées religieuses et politiques génèrent chez certains de leurs propres frères dans la foi, sans parler des populations qui occupent les terres d’Israël, du Liban, de Palestine et des territoires occupés. Dans un courrier daté de janvier 2009, un serviteur de Dieu d’origine nord-africaine nous a informé qu’il avait entendu il y a quelques années un évangéliste demander aux Églises en région parisienne de participer à «une offrande d’amour pour les Juifs» avec laquelle il a, par la suite, acheté un char de guerre [!] qui a été offert aux autorités israéliennes. Ce serviteur exprimait sa difficulté personnelle à justifier une telle attitude sur le plan biblique ![17].

On a là un exemple de la porte de sortie inespérée que constitue le regain de fortune de la conception classique d’un «Règne du Messie à portée universelle qui n’aura pas de fin», pour maints chrétiens passés d’un amour excessif de l’État d’Israël – gratifiant et sans danger aucun dans les années 1960-1970, mais devenu haïssable et… dangereux depuis que la cause palestinienne est au zénith des intérêts géopolitiques des nations –, à une prise de distance qui dissimule à peine sa détestation pour un peuple israélien, menacé dans son existence même, et dont il ne fait pas bon dorénavant d’être partisan. Et mieux vaut passer pieusement sur le bobard éhonté de cet acheteur d’un char (!) offert à Israël…

Autre point de vue, plus œcuménique, dû au Pasteur Daniel Goldschmidt, «Ancien» d’une église évangélique mennonite[18] :

Pourquoi ne pas reconnaître la difficulté […] à voir dans la politique de l’État d’Israël depuis 1948 un accomplissement des prophéties ? De nombreux chrétiens évangéliques pensent que les prophéties de l’Ancien Testament relatives à Israël sont avant tout accomplies par Jésus le Messie et par l’Église réunissant Juifs et non-Juifs […]. Je ne partage pas la vision constantinienne de l’histoire du salut qui est celle du point de vue chrétien-sioniste: l’élection d’Israël concernerait une entité politico-culturelle, et sa restauration y est envisagée comme la reproduction de sa domination territoriale […], l’alliance entre le sabre et le goupillon n’est pas loin. […][19].

Quant à l’opinion du professeur Alex Awad, doyen de l’Institut biblique de Bethléem[20], elle se passe de commentaire :

Les chrétiens palestiniens ne contestent pas une part de responsabilité des islamistes. Mais ils considèrent le mouvement sioniste comme premier responsable des souffrances palestiniennes […][21].

  1. E. Greenberg, «Une Église protestante : cessons d’investir en Israël». Pour plus de détails sur les débats, consulter le document en pdf: «Minutes of the 216th General Assembly of the Presbyterian Church (U.S.A.)», 2004.
  2. 20 juillet 2004 : Dennis Prager, «L’église Presbytérienne déshonore le christianisme»; on peut consulter  l’original anglais en ligne.
  3. «Le Sermon sur la montagne doit trouver sa place en Israël-Palestine !» - Interview des auteurs du livre Israël-Palestine : quelle coexistence ? Un regard évangélique inédit».
  4. «Message de Pâques de Sabeel» (avril 2001). Dans son ouvrage intitulé A Palestinian Christian Cry for Reconciliation [un appel palestinien chrétien à la réconciliation] (Orbis, 2008), il accuse faussement Israël de perpétrer un «lent génocide rampant» des Palestiniens.
  5. «Le Sermon sur la montagne doit trouver sa place en Israël-Palestine !», article cité ci-dessus
  6. Voir «Conférence de la honte à Téhéran».
  7. Voir «Félicitations et vœux de Neturei Karta International (Diaspora) au mouvement palestinien Hamas»
  8. Voir «Nous bénissons le président Ahmadinejad», entretien du rabbin Yisrael David Weiss avec Oscar Abudara Bini, New York, 2008.
  9. «Au cœur du conflit israélo-palestinien avec Jean-Jacques Meylan et Guy Gentizon», interview accordée en janvier 2009 à François Sergy, de Certitudes (le périodique de Radio Réveil), dans laquelle ces pasteurs proposent une analyse du conflit israélo-palestinien.
  10. En note 1 de la dite interview reproduite sur le site de la FREE.
  11. Les Emmurés, la société israélienne dans l’impasse, éditions La Découverte, collection Poche N° 234, Paris, 2006 ; ouvrage cité en note 6 de la dite interview.
  12. En réalité, il est extrêmement minoritaire.
  13. Note 4 de l’interview reproduite sur le site de la FREE, réf. citée plus haut.
  14. Cf. Jb 16, 2 : «J’ai entendu maintes fois de tels propos, quels piètres consolateurs vous êtes tous !».
  15. Cf. le cri de Job (Jb 19, 21) : «Pitié, pitié pour moi, ô vous mes amis ! car c’est la main de Dieu qui m’a frappé !».
  16. Claude Baecher est professeur et directeur au CeFoR Bienenberg, et chargé de cours à la Faculté Libre de Théologie évangélique de Vaux-sur-Seine.
  17. Extrait de la revue Théologie évangélique, vol. 6, N° 1/2007, p. 75.
  18. Il s’agit de l’Église Évangélique Mennonite d’Altkirch, en France.
  19. Cahiers Christ Seul, «En débat: l’État d’Israël aujourd’hui», n° 975, mars 2008, p. 3.
  20. Bethlehem Bible College.
  21. «Qui est responsable de la souffrance palestinienne ?», Christianisme aujourd’hui, mars 2009, p. 15.

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